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Gotlib naît le 14 juillet 1934 à Paris.
Sa vocation est précoce : tout môme, il tartine les murs de l’appartement
familial de graffitis que son père lessive chaque dimanche : “Mes gravures
rupestres disparaissaient comme par magie, et je disposais toujours de surfaces
bien propres pour recommencer à tout dégueulasser.”
Après une scolarité sans histoires, il devient comptable à l’Office
commercial pharmaceutique (le jour), tout en faisant les Arts appliqués (le
soir) et du théâtre amateur (le dimanche). Cette activité dominicale donne un
résultat inattendu : répétant chez un copain dont le père est dessinateur, il
est galvanisé par l’exemple, porte son dossier à Mickey et gagne une place de
lettreur dans les studios d’Edi-Monde. Après 28 mois de service militaire en Allemagne, il dépose en 1962 un dossier
chez Vaillant, et part en vacances sans prévenir.
Quand il revient, on le cherche partout : il est engagé. Il crée Nanar et
Jujube, série dans laquelle va naître Gai Luron, qui finira par
piquer la vedette à tout le monde. Mais ce qui l’obsède, c’est Pilote. Il en rêve la nuit
sans oser y aller. De temps en temps, il appelle la rédaction et raccroche.
Enfin, mort de trac, il s’y présente un jour de 1965 avec un échantillon de
son labeur — six pages racontant les affres d’un dessinateur
d’humour.
La bande dessinée de l’époque étant plutôt portée sur les
héros comme Tintin ou Tarzan, et pas du tout sur les affres d’un auteur comique
en panne, il n’y croit pas beaucoup. Il a tort : Pilote le publie et
Goscinny lui propose de travailler avec lui sur les
Dingodossiers. Ce qui fait de Gotlib un homme honoré et heureux, mais vachement
crispé, vu qu’il ne se sent pas à la hauteur de l’honneur qui lui est fait.
De plus, il passe son temps à dessiner des embouteillages et des phares
bretons — Goscinny adore lui faire dessiner ça — et ses copains l’engueulent :
il faut qu’il se trouve un héros, ce style de BD ne mène nulle part.
Mais ce diagnostic s’avère nul, puisque Les Dingodossiers le
mènent tout droit à la Rubrique-à-Brac, série avant-gardiste
née en 1968 et devenue mythique.
C’est là qu’il devient une star que tout le monde reconnaît dans
la rue, à cause de sa manie de s’auto-dessiner avec son duffle-coat et sa
couronne de lauriers. Dans la foulée, Gotlib scénarise
les Clopinettes pour Mandryka,
Cinémastock
pour Alexis (un joyau de rigolade
burlesque) et crée Hamster Jovial dans Rock
and Folk.
En1972, il lance l’Echo des
Savanes avec Bretécher et Mandryka.
Il en profite pour se
défouler sur des choses interdites aux moins de douze ans, comme le sexe, Dieu
et la scatologie, dans le seul but de faire rigoler les copains et sa crémière.
En réalité, l’explosion de l’Echo des Savanes éclabousse largement le
monde de la bande dessinée et débouche sur la création d’un tas de fanzines et
autres “territoires libérés”.
La même année, il crée avec Jacques
Lob Superdupont, et le premier album lui
vaudra deux coups
de fil : un de Coluche qui souhaite incarner le héros franchouillard au
cinéma — ça ne se fera pas — et un de Savary qui souhaite le monter en comédie
musicale — ça se fera en 1982. En 1975, avec son copain Jacques Diament, Gotlib
fonde Fluide Glacial, où il
crée les aventures dégoûtantes
de Pervers Pépère, tout en signant une foule d'éditos hilarants.
Côté cinéma, il co-scénarise en 1975 Les vécés
étaient fermés de l’intérieur (de Patrice Leconte, including Coluche). On
l’aperçoit en 1986 dans Je hais les acteurs, de Gérard Krawczyk, et il est
(évidemment) le héros de My name is Gotlib, court-métrage de Patrice Leconte
commandé par la télé et jamais diffusé.
En 1991, il est intronisé Grand Prix
d’Agoulême, et, selon la coutume, une exposition lui est consacrée
l’année suivante, EuroGotlibLand.
En 1993, il publie chez Flammarion
J’existe, je me suis rencontré, roman autobiographique bourré
d’humour et d’émotion, où il raconte sa vie d’enfant juif pendant
l’Occupation. Quelques
années plus tard, il concrétise un rêve d’enfant en réalisant pour Canal + une
série d’animation “culturelle”. On y voit la coccinelle de la
Rubrique-à-Brac faire le zouave parmi des œuvres d’art mondialement réputées,
signées Michel-Ange ou Léonard de Vinci.
De cette série naîtra un album
instructif et désopilant, Rubrique-à-Brac Gallery. Maintenant, Gotlib jouit de vacances bien méritées — si
l’on considère la somme de chefs-d’oeuvre pondus sans relâche depuis les gravures
rupestres de son enfance —, tout en continuant d’exercer son humour (glacé et
sophistiqué) dans le domaine de l’illustration, pour peu que la météo soit
favorable et qu’on le lui demande poliment.
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