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Daniel Lambert

Un artiste pluridisciplinaire et complet

 

 

 

 

Lielos (Plâtre)

 

Présentation

 

Daniel Lambert, peintre, sculpteur, fondeur

Né à Saint Germain-En-Laye (78) en avril 1946, Daniel LAMBERT se découvre la fibre artistique en 1983 dans l' atelier des Beaux-Arts à Lagny-Sur-Marne. Le plaisir et la passion de peindre le prennent alors à bras le corps. Il se consacre activement à la pratique de la peinture pendant plusieurs années, puis se dirige vers la sculpture, le moulage et la fonderie d'art.

Coloriste avant tout, il travaille d' abord sur le motif (modèles vivants, natures mortes, paysages) mais se détache petit à petit de ces supports pour se consacrer à la création pure, celle tirée de son imaginaire... C' est ainsi, qu' un jour se présente à lui le premier de la longue série de ses cyclopes : peut-être issu du souvenir de ses lectures d' enfance, ou encore de plus loin ...

Par son envie d' explorer d' autres techniques de création, l' artiste éprouve alors la curiosité de transposer sa peinture dans le volume. Aussi, après plusieurs années de pratique des beaux-arts il se lance dans les arts plastiques. Il travaille activement à modeler la terre puis la cire, à gâcher et modeler le plâtre pour réaliser des oeuvres plus imposantes.

Quand on est sculpteur, on est systématiquement amené à toucher au moulage et au domaine de la fonderie pour assurer la pérennité de l' oeuvre : c' est-à-dire pour reproduire en bronze ses créations. Ainsi, en 1991, Daniel LAMBERT attrape le virus du fondeur lors d' un stage d' initiation. De retour à son domicile il fabrique sa plate forme de fonderie et se lance dans la reproduction en bronze de ses créations qu' il coule lui-même au coeur de son atelier. Il travaille essentiellement la technique de la fonte à cire perdue (bronze tiré d' une cire) en utilisant les techniques traditionnelle et ancestrale, c' est-à-dire moule au plâtre réfractaire ou moule céramique (au banko).

Actuellement, Daniel LAMBERT axe de plus en plus son travail sur des créations à caractère monumental pour sites urbains, principalement pour essayer de relancer et de promouvoir l' Art de la sculpture monumentale dans la ville.

 

Daniel Lambert, artiste complet, nous dévoile son travail dans les différentes disciplines qu' il exerce : la peinture, la sculpture, le moulage et la fonderie...

 

 

artistOrama " Daniel, merci tout d' abord d' avoir accepté cet interview. Devant l' étendue des disciplines que vous pratiquez, peut-on, et à juste titre, ne considérer qu' un seul 'Daniel Lambert' à la fois artiste peintre, sculpteur et fondeur, ou au contraire évoquer une personnalité différente et propre à chacune de ces disciplines ?"

Daniel Lambert

 

Couple cyclope (C)
47cm x 67cm

" Permettez que je commence cette interview par un remerciement à artistOrama qui me donne ici l' opportunité de m' exprimer. L' occasion est trop rare pour ne pas la saisir.

Il est vrai que devant l' étendue des disciplines qui sont miennes, on peut s' interroger. Est-ce à la fois le même artiste, qui est peintre, sculpteur, mouleur et fondeur ou bien s' agit-il d' un individu différent selon la discipline en cours ? A vrai dire je pense être un seul et même personnage qui met en avance son coté artiste quand il peint et sculpte et qui met en avance son coté technicien quant il moule et fond le métal. En fait, je mets au service de mon potentiel artistique mes connaissances et mon savoir-faire. C' est là, le résultat de plusieurs années d' apprentissage, de recherche et d' expérience. Au bout du compte, quand on regarde mes peintures actuelles et mes sculptures, elles se ressemblent : et pour cause puisque je transpose en volume le contenu de mes toiles."  

 

artistOrama " Vos peintures et vos sculptures ont cette même caractéristique minimaliste et conservent des lignes épurées; vos toiles dépeignent des visages vus sous différents angles, comme le fit précédemment Picasso.... la vision du sculpteur vient-elle irrémédiablement déformer celle du peintre?"

 

Daniel Lambert " Non ! A mon avis pas du tout ! Je dirais même, que c' est grâce à la peinture que je suis venu à la sculpture. A force, de peindre sur le motif que ce soit un paysage, un portrait, un nu ou une nature morte on finit par aiguiser la pertinence du regard : je veux dire par-là qu' on apprend à regarder. Cette faculté m' a permis d' accéder plus rapidement à l' exercice de la sculpture.

Ce que vous soulignez au sujet de mes toiles est la conséquence logique de ma démarche d' artiste. C' est le temps qui m' a amené vers ce que vous appelez le minimalisme. Cela vient d' une évolution progressive et un exercice intensif de la peinture. Au début de mon apprentissage, je pensais comme beaucoup de nos contemporains que faire de la peinture c' était reproduire à l' identique ce que l' on voyait, un peu comme un instantané photographique (résultat de l' enseignement scolaire).

Heureusement, j' ai échappé à cette vision des choses à force de travail et d' analyse. Aujourd'hui je pense sincèrement que la peinture, en tout cas telle que je la conçois, est la faculté d' écrire une histoire en utilisant les couleurs comme des mots et la composition picturale comme des règles de grammaire. Comme l' écrivain, le peintre écrit à partir de son imaginaire ou non. Mais peindre c' est aussi savoir raconter l' essentiel, c' est-à-dire apprendre à faire abstraction des détails qui n' apportent rien à l' oeuvre dans son ensemble. Il n' y a rein de plus qui me désole quand je contemple un travail de peintre que de voir des détails inutiles.

Portrait de peintre (collection particulière)

 

Certes vous avez raison, on trouve dans mes peintures et mes sculptures l' influence de (grands maîtres) tels : Picasso, Gauguin, Delaunay et Modigliani. Picasso sûrement, pourtant lorsque j' ai commencé l' apprentissage de la peinture, je n' aimais pas le travail de Picasso (disons, je ne comprenais pas son concept). Il m' a fallu plusieurs années de pratique pour commencer à comprendre son regard sur les choses. C' est un jour, sur la plage pendant les vacances que je l' ai rejoint : je croquais alors une femme en maillot de bain et aux formes plus que généreuses. Elle était là assise à quelques mètres de moi. Au bout de plusieurs essais, elle finit par prendre la totalité de la page de mon carnet à dessin, je venais de saisir l' essentiel de ce que cette femme sans le savoir venait de dégager à mes yeux et par la même de comprendre Picasso.. "

 

artistOrama " Vos oeuvres picturales et sculpturales font souvent référence au cyclope; Comment ce personnage mythique s' est-il introduit dans votre travail, que représente t-il pour vous, quelles connotations peut-on lui accorder dans une démarche artistique selon vous ?"

 

Daniel Lambert

Le baiser (C)

81cm x 60cm

 

 

Trinité II ( face 2 )

H = 31cm / L = 18cm

Le grand sage (Terre cuite) - Collection particulière

 

" Très sincèrement, je dois le dire, je n' ai pas cherché à rencontrer les cyclopes, ce sont eux qui sont venus me voir à l' issue d' une longue démarche d' artiste qui a débuté dans les années 80. A cette époque, comme tous les débutants je me consacre à la réalisation de peintures aux thèmes classiques (natures mortes, paysages, portraits, nus), à partir de photos, de mises en scène, de modèles et sur site. Au bout de quatre années de pratique très assidue, la reproduction de ce que je vois finit par ne plus me procurer de plaisir. Je décide alors de mettre plus de personnalité dans mon écriture pour atteindre le semi-réalisme : je joue avec les touches de couleurs en gardant un oil sur le  modèle. Là encore, je progresse bien sûre, mais je cherche à nouveau, autre chose. Je décide de me mettre face à la toile blanche - comme l' écrivain devant la feuille - et j' écris (entendez, je trace des lignes directement à la brosse et je place des touches de couleurs) sans savoir réellement où je vais. C' est très excitant. De tout ce méli-mélo surgit l' histoire dans laquelle je m' implique (peut-être faudrait-il dire, je m' intègre.) Là, plus rien ne compte, je suis hypnotisé, absorbé par un combat entre la chose et moi, fort de mes armes (les couleurs et les brosses), je la fais naître. Des instants sublimes que ceux-ci.

 

La révélation

Dés lors je n' ai de cesse de pratiquer ainsi, me placer face à la toile vierge et la contempler durant de longues minutes en tirant directement à la brosse un trait, puis un autre et encore un autre, en posant une couleur ici, là. En travaillant ainsi j' ai raconté plein d' histoires, toutes issues de mon imaginaire (de mon inconscient). Un jour, j' ai commencé à ne voir que des visages partagés en leur centre de manière à former deux autres personnages dont on ne voyait que le profil. Les deux avaient une large tendance à s' embrasser sous le regard du troisième. Puis, à force, les poissons sont arrivés avec leurs grands yeux ronds et leur bouche pulpeuse. Leur faciès s' est aplati et là, sans que je m' y attende, ils sont venus, les cyclopes se sont montrés. Depuis, je suis avec eux, ils m' entourent.

 

Pourquoi les cyclopes ?

Probablement parce que tout jeune j' ai été marqué par le film de l' histoire d'Ulysse dans lequel jouait Kurt Douglas. Aussi, parce que je les rapproche avec "le mystère" d' une manière générale et plus spécifiquement avec celui des têtes de l' île de Pâques aux bouches volumineuses et au regard dirigé vers l' univers. Peut-être encore parce que l' oeil du cyclope est celui de notre âme, celui qui nous anime, que nous ne voyons pas et par lequel nous communiquons avec autrui et avec l' esprit. En fait il y a sans doute un peu de tout cela. Cependant, je pense que dans l' imaginaire de l' homme se terre la mémoire de l' humanité et quelque part aussi, son avenir. Donc rien détonnant qu' ils se soient révélés dans mon écriture. Voilà ni plus, ni moins comment cela s' est passé. Mais peut-être existe-t-il d' autres raisons que j' ignore .

 

La métaphore

En ce qui me concerne, peut-on parler de métaphore ? Transposition des choses inconscientes de ma mémoire en réalisation concrète ? : pourquoi dans ma démarche artistique suis-je passé de la peinture à la sculpture puis de la sculpture à la fusion du métal ? C' est en 1991 que j' ai souhaité fabriquer mes bronzes. Pour cela j' ai suivi une formation où j' ai attrapé le virus de la fonderie, une discipline magique des arts du feu. Aujourd'hui je fais naître des cyclopes par le feu. N' est-ce pas étrange ? Car, il faut là aussi que je le dise, c' est après m' être lancé dans la fusion du bronze que l' on m' a dit que les cyclopes étaient des maîtres du feu : Eclair, foudre, tonnerre, forgeron, bâtisseur, pasteur, sont autant de termes rattachés à leur existence.

Et moi là dedans, qui suis-je ? ."

 

 

 artistOrama " A vous écouter, peut-on parler de passion au regard de vos savoir-faire ? "

 

Daniel Lambert " En fait, celui qui vient faire un tour sur mon site perso ( http://perso.axo-info.fr/lambertdaniel/ ) se rendra compte de mes centres d' intérêt. Le premier de ces centres est de toute évidence celui de la création que je peux mettre en jeu selon l' humeur du moment à travers la peinture ou la sculpture. Le second centre d' intérêt est axé sur le partage de la connaissance autrement dit la transmission du savoir-faire. Je n' exerce pas cette action au niveau de la peinture car il existe partout des ateliers qui dispensent des formations dans ce domaine. Je préfère apporter mon expérience à mes contemporains à travers des stages de sculpture (modelage de la terre ou de la cire), de moulage (d' objet ou sur le corps) et de découverte des techniques du bronze (fonte à cire perdue).

On peut effectivement parler de passion. C' est l' essence même de ce qui m' anime, je suis un passionné des techniques des arts (beaux-arts, arts plastiques et du feu).

C' est cette passion qui m' a fait découvrir les disciplines que j' exerce et que j' enseigne modestement dans mon atelier par le biais de mon association : http://empreinte.axo-info.fr . Cela n' a pas été facile, surtout dans le domaine de la fonderie d'art où j' ai galéré pendant deux ans avant de sortir mes bronzes sans échec (et encore.) Aussi j' ai pensé que mon expérience pouvait intéresser d' autres passionnés car on ne trouve pas d' ouvrage précis sur le sujet. Alors j' ai rassemblé mes notes et cela donne aujourd'hui un livre de 300 pages dans lequel je me suis particulièrement attaché à l' illustration du texte. Il sortira en septembre de cette année. Le lecteur y trouvera tout ce qu' il faut savoir dans les domaines de la sculpture, du moulage, de la fonte à cire perdue, sur la relation artiste sculpteur et fondeur d'art, sur la protection et l' authentification  des ouvres d'art et les organismes et associations d' aides aux artistes ou des métiers. Un ouvrage complet où je dis et j' explique tout sans état d' âme sur par exemple la peur de la concurrence.."

 

 

artistOrama " Les objets que vous coulez vous-même, constituent cette phase finale de l' oeuvre d'art et assurent à vos sculptures cette pérennité.... à ce stade crucial quel est l' état d' esprit du sculpteur et du fondeur ? Disposez-vous dans cette phase de travail du matériel nécessaire dans votre atelier, ou êtes vous obligé de faire appel à une fonderie d'art spécialisée dans ce domaine ? "

 

Daniel Lambert

 

 

" En général les sculpteurs s' adressent au fondeur d'art pour faire fabriquer le bronze de leur oeuvre et ce pour de multiples raisons, la première étant qu' ils n' ont pas les matériels et le savoir-faire des métiers concernés (mouleur, fondeur, bronzier, ciseleur et socleur). La seconde étant qu' ils préfèrent se consacrer davantage à la création plutôt qu' à la reproduction.

Pour le sculpteur transposer une oeuvre en bronze est un aboutissement, car c' est une manière de lui donner une valeur supplémentaire, à la fois lui apporter la durée dans le temps et la sublimer, grâce au métal noble.

 

Pour ma part, en temps qu' artiste sculpteur j' éprouve une réelle satisfaction à participer totalement à toutes les phases de la création, depuis l' idée jusqu' à la naissance du bronze. Je maîtrise l' ensemble des maillons de la chaîne.

En tant que fondeur, je reste toujours émerveillé par la magie de la fusion du bronze. Je dis cela parce que la maîtrise de la fonte n' est jamais totale et qu' elle dépend de nombreux paramètres. Quand je jette le métal à 1100°C dans les potées (moules de fonderie) je ne sais jamais avec certitude si tout va bien se passer à l' intérieur du moule. Ce n' est qu' au décochage, lorsque je brise celui-ci pour faire naître le bronze d'art, que je sais si les nombreuses heures de travail qui ont précédé sont perdues ou pas. Et, quand le résultat est bon, je vous laisse imaginer le plaisir qui m' envahit.

 

J' ai attrapé le virus de la fonte en 1991 et il m' a fallut plusieurs années pour parvenir à des résultats de qualité. Je travaille en fonction des saisons : l' hiver je me consacre à la création, au printemps je fabrique les moules en élastomère de silicone d' où je tire les épreuves en cire. J' ai monté une petite fonderie dans mon jardin de la région parisienne et en été, je coule mes bronzes. J' en profite pour initier des élèves aux techniques de la fonte. A l' automne, je fais la ciselure et les patines."

 

artistOrama " L' apprentissage de la sculpture et de la fonderie requiert énormément de connaissances et un sérieux coup de main... quels conseils donneriez-vous à un artiste qui désirerait pratiquer la sculpture ou la fonderie ? Existent-ils des écoles d'art, des associations ou autres organismes qui dispensent cet enseignement bien spécifiques ? "

 

Daniel Lambert

 

 

" Si l' apprentissage de la sculpture est facilement accessible par l' intermédiaire des écoles d'art nationales et privées ou à travers les nombreux ateliers des collectivités locales, celui de la fonderie d'art est beaucoup plus difficile, car à ma connaissance il n' existe pas d' école du genre au niveau national. Cela peut s' expliquer. La fonte met en jeu une panoplie de métiers manuels particuliers qui relèvent d' une formation spécialisée comme celles de mouleur et de ciseleur par exemple. La patine sur bronze comme la fusion et la céroplastie (travail de la cire) ne sont pas enseignées. La formation à ces disciplines relève de l' apprentissage sur le tas, en fonderie.

Le meilleur conseil que l' on puisse donner aux personnes qui veulent se lancer dans l' aventure c' est de leur dire de se rapprocher des professionnels et d' apprendre à leur contact. Pour cela il faut avoir la volonté de s' investir totalement en sachant d' entrée que le métier de sculpteur comme celui de fondeur ne permet pas à lui seul à vivre, tout juste d' exercer une discipline dans laquelle on se sent bien et qu' on aime.

La fonderie demande plus encore que la sculpture des capacités de travailleur, de ténacité, de volonté et de patience. L' exercice est difficile et physique. Tout cela peut se résumer en un mot : Passion. Sans celle-ci pas la peine de poursuivre.

On trouvera sur le WEB les sites des écoles nationales de beaux-art et d' arts plastiques et ceux de professionnels et d' associations qui offrent un accès à ces disciplines, il suffit de taper les mots clés dans les moteurs de recherche : sculpture, moulage, fonderie d'art ou bronze, fonte, cire, moule, ..."

 

 

Propos recueillis par Eric Vançon - artistOrama © JUIN 2002

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Contact : Daniel Lambert - 18, chemin des bouillons 77400 LAGNY

Tel/Fax : 01 60 07 75 87

E-mail : la-potee@chello.fr

Site : http://perso.axo-info.fr/lambertdaniel/

Dédicace

Je dédie cette interview a tous ceux dont la principale raison d'être est de partager la connaissance et le savoir-faire, à tous ceux qui oeuvrent pour transmettre leur patrimoine personnel auprès des jeunes dans l'unique dessein de susciter des vocations qui permettront aux Arts de continuer à exister

- Daniel Lambert

 

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